vendredi 27 octobre 2006

The simple life

De retour, apres une enieme panne d’Internet...

J’aurais du m’y attendre : tant va la cruche a l’eau qu’a la fin elle se giardiase. C’est ainsi que, apres 10 jours a boire environ 9 litres de the par jour d’une eau insuffisamment bouillie mon grele a finalement ete envahi par quelque antipathique parasite. Etonnamment, j’ai trouve du Metronidazole dans la pharmacie de l’hotel. Mais la perspective de 10 jours d’effet antabuse me motive a prendre mon mal en patience et a laisser mon systeme immunitaire faire le travail. ( Je suis sur que vous avez tous un ami en medecine qui pourra vous expliquer tout ca). Comme diraient les Espagnols, je me suis enferme dans ma chambre pendant une journee entiere, je croyais que c’a avait ainsi passe, mais j’ai rechute hier matin. Enfin, nous verrons. On m’a force a boire du charbon active, de quoi oter le gout de vivre. En attendant une remission complete, le pourcentage de calories quotidiennes apportees par les Snickers augmente dangereusement.

Un certain quotidien commence a s’etablir. Le matin, je me leve, je dejeune et je me mets a etudier dans la salle commune. Un moment donne, Nikita entre et dit d’un ton joyeux « Bonjour Monsieur, c’est possible un cours de francais ? ». Alors, on discute des expeditions et de la location d’une chambre d’hotel. Il est vraiment drole et a une puissante volonte d’apprendre la langue. Sa femme, Natacha, parle deja un tres bon francais; nous traduisons ensemble Les trois petits cochons ainsi que le site web de la maisonnee. J’enseigne en plus l’anglais a leur fils de 9 ans, Tima, que j’ai l’impression de trainer a l’abattoir pendant 20 minutes par jour. Leur autre fils, Ticha, a 3 ans et est une des choses les plus cutes du monde.

A part ca, les employes sont tres sympathiques; j’apprends un peu de bouriate, une langue mongole, avec les employees de la cuisine, ce qui me suffit pour demander deux oeufs, mais rien d’autre. Je me suis particulierement lie avec Vlad, Vidana et Sergey, des jeunes qui parlent de « un peu » a « parfaitement » anglais et/ou francais. J’ai justement regarde Dr. Jivago, le film siberien par excellence avec Sergey l’autre soir. Trois heures de delices russes.

Mon propre apprentissage linguistique se deroule toujours a pas de tortue, a raison de quelques mots par jour. En plus de sa grammaire infinie, une autre regle de la langue russe stipule que l’inversion de deux lettres de n’importe quel mot doit obligatoirement donner une insanite, ce qui fait qu’on se fout bien de ma gueule parfois. Tout ca est bien entendu de bon coeur. Je suis parti en excursion hier matin avec des touristes de divers horizons anglo-saxons et je leur ai servi de « traducteur » pour le chauffeur-guide russe. J’ai reussi a resister a la tentation de traduire n’importe quoi, genre que les Bouriates ont ete elimines par les monstres marins. Je les avais prevenus que mes competences limitees empecheraient de prendre mes traductions pour du cash. C’etait exigeant, surtout vu mon etat physique amoindri. Mais ca m’a permis de decouvrir une autre partie encore plus spectaculaire de l’ile. Et son ex-Goulag.

La temperature a chute au cours des derniers jours, elle doit osciller autour de -5 environ. Il neige un peu, mais il vente tellement qu’il n’y a a peu pres jamais de neige au sol sur le rivage de l’ile.

La vie ici permet aussi de rencontrer les personnages les plus diversifies. On a eu comme clients depuis mon arrivee quatre charpentiers allemands en formation professionnelle internationale constamment deguises en charpentiers allemands du XVIe siecle, trois journalistes de TVE, la tele nationale espagnole, en tour du monde de deux ans, deja au bord du burnout apres 3 mois, et un Americain qui travaille pour un think tank d’immigration. C’est une clientele beaucoup plus variee que dans une auberge de jeunesse typique, tout en conservant son aspect chaleureux et propice aux rencontres.

Francois, au sujet du debat isba/datcha, que tu dois deja avoir resolu, une isba est un terme plutot inusite de nos jours en Russie, qui designe la facon traditionnelle de construire des petites maisons en bois. Une datcha est une maison d’ete en campagne, occupee pendant les Russes pendant l’ete et utilisee pour faire des barbecues. Une isba peut etre une datcha, et vice versa.

Merci aussi pour tous les commentaires, recettes et analyses sportives. J’apprecie enormement.

A bientot !

samedi 21 octobre 2006

La disparition

Eh oui, comme vous l’aurez devine, cette entree ne contiendra aucun e. Damn, c’est deja rate.

Ou fus-je pendant tout ce temps, te demanderas-tu, lecteur autrefois assidu. L’expliquer au complet serait quelque peu fastidieux et pas tres pertinent. « Ou suis-je ? », devrait etre votre seule question !

Je me trouve presentement sur les berges du lac le plus profond du monde (devinez lequel !). En fait, je suis plutot DANS le lac Baikal, sur l’ile d’Olkhon. Je suis arrive ici iil y a deja une semaine, avec la seule intention de passer quelques jours sur les berges de ce magnifique lac qui est, apres tout, la seule chose qu’il y ait reellement a « voir » en Siberie. J’etais un peu ecoeure de naviguer sans cesse de ville en ville.

Les proprietaires de l’hotel/guesthouse, Nikita et Natasha, m’ont offert de rester comme benevole, de faire un peu d’enseignement et de participer en general aux activites ecolo-quotidiennes de la maisonnee. J’ai accepte sans trop y reflechir, c’etait il y a 5 jours.

J’en suis a mon 4e jour de « travail ». Si les premieres journees de mon sejour, quand j’etais encore un vacancier, ont ete a peu pres consacrees a l’ingestion d’alcool avec les autres clients (c’est tres hip, le meilleur endroit du lac d’apres le Lonely Planet) et au sommeil, je me suis depuis progressivement rapproche du tres nombreux staff. J’apprends a connaitre les gens, je developpe un certain sentiment d’appartenance. Ca fait du bien.

Mon travail consiste principalement a donner des cours prives de francais a Nikita et Natasha, en plus d’echanger en francais/anglais/russe avec les autres membres du personnel. C’est agreable, ca demande relativement peu d’efforts, et ca me permet de travailler sur mon russe, qui s’ameliore quotidiennement.

Je detiens une chambre privee et j’obtiens trois gargantuesques et savoureux repas par jour. Faut que je me force pour bruler des calories, je commence a avoir peur de (gasp !) prendre du poids.

Les deux premiers jours ont ete plus rushants, je voulais trop en faire et je savais pas trop ou me mettre. Maitenant, en fait depuis hier, j’ai l’impression de prendre ma place et je me sens vraiment bien.

J’ai l’intention de demeurer ici jusqu’a proche de l’expiration de mon visa, soit le 17 novembre. On avait perdu acces a Internet dernierement, mais il est heureusement revenu. J’essaierai d’ecrire plus regulierement, pour vous raconter un peu de mon nouveau quotidien. Ne soyez pas vexes si les courriels personnels restent sans reponse pendant quelques semaines ; je vous reviens tout entier apres.

Je vous invite par ailleurs a disserter sur les performances du club sportif qui definit notre nation...

A bientot !

lundi 9 octobre 2006

Un long dimanche d'anniversaire

Quatrieme post consecutif, j'ai pris feu. Profitons-en ensemble.

Qu'ai-je fait de ma journee d'anniversaire ? C'est vraiment peu edifiant, je suis content que ce soit fini.

-J'ai lave mes sous-vetements dans la baignoire. Un cadeau de moi a moi.
-J'ai teste la quantite maximale quotidienne de crepes (blinis) supportables pour l'etre humain.
-J'ai bu du cafe.
-Je me suis fait engueuler en essayant d'acheter une carte de telephone (ca arrive tout le temps, c'est normal).
-Je suis alle prendre une biere en regardant des videoclips en lisant le sous-mentionne Tambour.
-Au sortir de la biere, j'ai accoste deux etudiants qui buvaient sur un banc dans la rue, leur ai signifie mon jubile, m'ont offert une biere pour celebrer ca.
-Dormi.

Je crois que, en 5 semaines, c'a ete la journee ou j'ai eu le moins de contacts humains significatifs. Ah, cruelle ironie ! Mais non, c'est pas si pire, ne me plaignez pas. J'aurais pu m'appeler des amis russes, ca me tentait juste pas.

En passant, si j'avais un cellulaire, j'aurais tellement La danse d'Helene comme sonnerie.

La temperature est vraiment superbe, il fait un soleil d'hiver, un froid juste un peu mordant, -2, -5 degres. Parait qu'il fait froid pour la saison, pour moi c'est juste parfait.

Eloge du Trans-Siberien

J'ai rarement disserte sur ma vie dans le train, qui est apres tout presque la moitie de mon existence russe. Si la ville vient avec son lot de solitude, parfois appreciee, parfois non, le train est en revanche le lieu de socialisation par excellence de toute la Russie. Des etrangers de tous ages, de tous milieux, se parlent pendant tout le voyage, font ensemble des mots fleches, s'offrent du the, avec comme seul pretexte qu'ils sont assis dans le meme compartiment. C'est une atmosphere vraiment ultra amicale. C'est a peu pres impossible de faire quoi que ce soit sauf parler aux autres.

Le voyage en train fait partie integrante de la culture d'ici je crois, autant que la route pour nous. Je crois que le communisme, avec sa lenteur economique empechant l'achat de voitures par la majorite, a favorise ce mode de transport, apres tout tres collectif. Je crois qu'aujourd'hui encore, aucune route ne traverse la Russie. Alors, les Moscovites qui vont visiter de la famille en Siberie font 2, 3 jours de train. Ca devient vraiment un milieu de vie. C'est de loin mes meilleurs moments en Russie.

A Irkutsk, la prochaine ville ou j'irai, sur les rives du lac Baikal, je devrai choisir la Mongolie (qui est etonnamment le chemin le plus frequente), ou Vladivostok. Pour l'instant, je penche pour le vrai est.

D'avant-garde

Un condense de What have you been up to lately ?, question legitime vu mon silence de la derniere semaine. Que voulez-vous, le dernier cafe Internet par lequel je suis passe laissait seulement 2 MB, ce qui est a peine suffisant pour une analyse tout a fait superficielle de la performance de debut de saison du Canadien.

J'ai passe quelques-unes des dernieres nuits dans le milieu alienant de l'hotellerie conventionnelle. Une atmosphere etrange, ou personne ne se parle, pris dans une solitude urbaine quelque peu pesante. Je suis passe par Ekaterinbourg et Omsk, deux villes d'interet mitige. Trois d'entre vous auront d'ores et deja devine la seule raison pour laquelle je suis passe par la deuxieme, une horreur occidento-siberienne : l'Avangard de Omsk, quatrieme meilleure equipe de la Superligue russe de hockey. J'aurais pas pu supporter de manquer l'opportunite d'assister a un match de hockey en Russie.

Apres m'etre perdu dans le systeme de transport en commun omskien et avoir abouti dans ses bidonvilles (des fois comme ca ou j'eprouve moins d'amour pour moi-meme), j'ai finalement trouve l'arena, qui a plus a voir avec le Centre Henry-Leonard de Baie-Comeau qu'avec le Centre Bell Telephone. Bien rempli, une excellente atmosphere, surtout avec l'escouade de superfans qui etaient juste derriere moi. Calibre de jeu : how the mighty have fallen. Dire que les etoiles de cette ligue ont failli nous battre en 72. Ca ressemble a du junior majeur, et du mauvais junior a part ca. Des passes imprecises ou echappees, pas capables de monter un avantage numerique, poche, poche ! On a quand meme occis Metallurg Novokuznetzk 2-1, mettant la joie chez les badauds. En rangeant mon billet dans la poche avant de mon manteau d'hiver, pas sorti depuis l'an dernier, je suis tombe sur mon billet Montreal-Phoenix du 13 decembre 2005. Comme si on avait besoin d'une autre demonstration que toute est dans toute.

Arrive a Tomsk, ville universitaire qui n'a rien a voir avec son homologue depourvu de T, je cours rechercher dans le train mes sandales que j'y avais oubliees. Tout de meme laisse au wagon mon Dostoievski a peine entame, mettant a 2 le compteur "Mathieu Gaudet" d'objets perdus en voyage, apres une serviette, un autre classique. Tout de meme pas si mal. Substitue par "Le Tambour" de Gunter Grass, qui s'inscrit dans ma longue lignee de lectures controversees ecrites par d'anciens nazis. C'est vraiment un pur delice.

M'accueillirent sur le quai deux etudiants en electro, dont l'un revient a peine d'un sejour estival aux States. Ils m'ont montre en une heure tout ce qu'il y a a voir dans la ville, dans un SUV Lexus paye je ne veux trop savoir comment. Arrive completement epuise a l'hotel, ou je retrouvai un collegue backpacker irlandais, que je rencontre deja pour la troisieme fois. Il est vraiment drole, voyage tout seul sur ce Transsiberien, s'arrete dans toutes les villes, sans parler un mot de russe. Je crois pas que je ferais ca, je le ferai en Chine, c'est sur, mais la Russie, c'est autre chose. Difficile a expliquer, j'essaierai une autre fois. Toujours est-il qu'on est sortis ensemble vendredi soir, sa nationalite vous indiquera assez bien la tournure de la soiree.

J'ai fini par me remettre un tant soit peu de mon hangover vers 20 heures samedi soir, assez pour sortir avec des jeunes Russes etudiants en relations internationales pour aller voir le match de qualification pour l'Euro 2008 entre Mere Russie et l'equipe nationale israelite. Ils auraient du gagner 5-0, finalement annule 1-1.

Je me sens vraiment etrange ici. La ville est belle, petite et agreable, j'y ai rencontre plein de gens, et pourtant, peut-etre justement parce que c'est petit, je me sens pas a ma place. En fait, je me sens completement uncool a etre seul ici, dans ce petit campus d'etudiants branches, leurs cafeterias, leurs cafes. C'est difficile de parler aux gens, parce qu'ils parleront probablement pas anglais, et je peux toujours pas m'engager dans une conversation en russe. Enfin.

Si tout va bien, je devrais couchsurfer pour la premiere fois a Krasnoyarsk demain soir. Je vous en reparle.

Pouchkine !

Je me suis finalement rase hier soir, un peu a bout apres une suite d'evenements inusites impliquant ma ressemblance supposement frappante avec le poete national russe. Tout ca a du commencer a Moscou quand, pour la premiere fois, j'ai croise un groupe d'ados, un membre duquel s'est ecrie "Pouchkine !" en me voyant. Ce qui n'etait au debut qu'evenement isole a fini, j'imagine avec la pousse ineluctable des cheveux et de la barbe, par devenir quotidien. Enfin, ces derniers jours, ca arrivait au moins, et je n'exagere pas, 4 fois par jour. Sans compter les fois ou on se met juste a rire en me croisant. Finalement, hier, avant d'avoir a resoudre d'user de violence physique avec le prochain importun, j'ai decide d'en finir avec mon look barbu et revenir a une douce peau de bebe. Cette suite d'incidents suscite toutefois deux interrogations principales :

1. Pourquoi chaque Russe de plus de 10 ans sait a quoi ressemblait Pouchkine ? Je veux dire, si j'etais au Quebec et que je ressemblait d'une facon frappante a Miron, je crois pas que les gens dans la rue s'ecrieraient "Miron !" en me voyant. Sans compter le fait que je prefere ressembler a Pouchkine qu'a Miron.

2. Est-ce que Pouchkine etait juif ?

Anyway, maintenant, je me cherche un coiffeur, mais je suis terrifie a l'idee d'avoir une coupe de cheveux russe.

lundi 2 octobre 2006

Premiere neige

Me revoila, apres 18 heures de train et un saut de trois jours en territoire tatar. J'ai maintenant Ekaterinbourg comme domicile d'accueil.

Debarque a Kazan il y a quelques jours, j'y rencontre dans le lobby de l'hotel un Finlandais, qui erre un peu comme moi. On etait dans le meme train NN-Kazan, et on a donc partage une chambre, joignant l'utile a l'economique. La ville presente somme toute assez peu d'interet, outre son Kremlin avec sa mosquee magnifique et le fait qu'elle est au Tatarstan. Le centre-ville a reellement l'air d'avoir ete l'objet de bombardements recents, comme en fait foi ma serie de photos "Kazan meprise pour Kaboul par un pilote americain", bientot sur vos ecrans.

Une particularite interessante de la ville reside toutefois dans son service a la clientele. Les caissieres sourient et tentent reellement de t'aider dans les epiceries et petits kiosques. C'est assez stupefiant au debut, mais on finit par s'y faire. J'ai meme pu gouter mon fromage pour decider lequel acheter. Ces Tatars souriants, au facies asiatique, ne forment plus que 50% environ de la population de leur republique semi-autonome.

Le Finlandais et moi avons d'ailleurs pris le the chez un etudiant en sociologie de la ville, musulman, qui doit etre un des 14 Russes a ne pas boire. Bien hospitalier, une belle soiree.

A part ca, j'ai traverse la ville a pied pour tenter d'aller voir un match de hockey qui n'aurait pas lieu, et je suis tombe sur le chandail d'Ak Bars Kazan de Vincent Lecavalier ecrit en cyrillique. J'y ai resiste, mais difficilement.

J'ai donc quitte la ville, malgre la venue prochaine de T.A.T.U., Electric Light Orchestra et Deep Purple.

Une delicieuse balade en train de 18 heures et deux heures de decalage horaire m'a ensuite transporte jusqu'ici. Je compte bien quitter au plus tot, hotel crade et cher. Le train est tellement cool. Comme Lenine, j'ai pu socialiser un peu. Ma section etait occupee par des vendeuses Amway de retour d'un seminaire. Pendant une heure du voyage, l'Oural etait couvert des premieres neiges de la saison. Il fait 2 degres, il crachote, et j'ai compris pourquoi j'ai mon manteau d'hiver.

Le premier mois est presque termine, et de plus en plus, j'ai l'impression d'etre au milieu de quelque chose plutot qu'au debut; dans une espece d'intemporalite ou je me sens comme si j'etais parti hier, et en meme temps comme si je voyageais depuis une eternite. C'est confortable.

Da svidanya !